Marie Durand, Prisonnière à la Tour de Constance

ISBN / EAN13 : 9782917756102
15MARIE
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Au XVIIIe siècle, Louis XV continue la politique d'intolérance religieuse à l'encontre des protestants du royaume. Marie Durand est connue comme une des grandes figures emblématiques du protestantisme de cette époque. Emprisonnée à 19 ans dans la tour de Constance à Aigues-Mortes, elle y restera recluse 38 années.

Format : 14 x 21 cm

176 pages

Extrait :

CHAPITRE PREMIER

L’enfance (1711-1728)

Elle naquit au hameau du Bouchet-de-Pranles, dans l'actuel département de l'Ardèche, non loin de Privas.

Son père était « greffier consulaire » et remplissait à peu près les fonctions du secrétaire de mairie de nos villages d'aujourd'hui, à l'exception de la tenue des registres d'état civil réservée aux prêtres dont les procès-verbaux de « baptêmes, mariages et mortuaires », figurant les cérémonies religieuses qu'ils présidaient, tenaient lieu d'inscriptions de naissance, de mariage et de décès.

Étienne Durand était âgé de cinquante-huit ans. Il avait épousé « demoiselle Claudine Gamonet », dont il avait reçu quelque bien. Mais il possédait lui-même une réelle aisance, car son père que l'on voit apparaître au Bouchet vers le début du XVIIe siècle était le gendre d'un riche propriétaire, Henry du Cros. De ce mariage étaient nées, avec un autre garçon, deux filles dont l'une, Madeleine, mourut sans enfants et légua ses biens à son frère. L'autre épousa Jean Vabre dont elle eut une nombreuse descendance. Le ménage résida au Bouchet, mais dans ses propres domaines.
Le greffier nourrissait pour sa part de très vifs sentiments de piété dont il faut voir la preuve dans les inscriptions qu'il nous a laissées, et qui datent des pires années suivant l'édit de Révocation de 1685. Dans la pierre dure de sa maison cévenole, il grava, « le 26 may 1694 », sur l'arc couronnant l'escalier d'accès au vieux logis : « Miserere mei, Domine Deus » (Aie pitié de moi, Seigneur Dieu) ; puis, en 1696, sur le fronton de l'immense cheminée qui orne aujourd'hui encore la cuisine : « Loué soyt Dieu. »
On était pourtant en plein désarroi. Au XVIe siècle, la Réforme avait connu, dans le Vivarais, un magnifique essor. Mais les épreuves étaient vite venues. On se souvenait en particulier de la destruction de Privas, petite ville fortifiée laissée aux protestants par l'édit de Nantes en 1598, comme place de sûreté, et reprise en 1629 lors des guerres de religion sous Richelieu, par Louis XIII en personne. On rappelait aussi, et combien douloureusement, les orages plus récents. Ceux-là, Étienne Durand ne manqua pas de les noter sur son « livre de raison ». Saisi plus tard lors d'une perquisition, en 1730, ce précieux cahier mentionne en effet avec une surprenante exactitude les incidents dramatiques dont nous allons parler maintenant avec quelque détail. Le greffier s'était sans doute servi pour le composer de notes gardées dans sa famille, car le récit commence avec les événements de 1629 et nous y reconnaissons toujours la même écriture.

Le vieux huguenot était encore un enfant lorsque, en 1670, se firent sentir dans sa province les premiers effets de la tyrannie du roi envers ses sujets protestants : le marquis de Labret vint brûler le temple tout proche de Pranles. Les mesures se succédèrent bientôt les unes les autres, avec une sévérité froide et méthodique. Le gouvernement s'exerçait à appliquer « à la rigueur » les clauses de l'édit donné par Henri IV en 1598, « perpétuel et irrévocable ». Tout ce qui n'était pas expressément accordé par les textes était retiré ; et l'on parvenait avec un art perfide à prêter à ceux-ci un sens nouveau qui eût bien surpris leurs rédacteurs. Mais du moins la persécution gardait une apparence de légalité. Puis, comme le nombre de religionnaires chassés de leurs emplois, tracassés jusque dans leur vie familiale, et demeurant fidèles malgré tout restait en dépit de fréquentes défections trop important encore au gré du roi, les pouvoirs en vinrent pour les réduire à utiliser les dragonnades. Ce fut la terreur. En vain des essais de résistance furent tentés ici et là. Ils ne furent qu'isolés et sans lendemain. En peu de mois les abjurations se multiplièrent. Le projet pacifique de Claude Brousson qui voulait, en 1683, que l'on prêchât partout et le même jour sur les ruines des temples, pour renseigner le Roi sur les dispositions véritables des réformés, n'aboutit point. Les derniers mois de 1685 furent marqués par une véritable débâcle et, le 18 octobre, Louis XIV signa l'édit de Révocation. Le protestantisme n'avait plus, en France, droit à la vie. 

 

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